Une jupe courte ou longue, peu importe, du moment qu’elle a un livre dans son sac
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J’ai un côté puritain que j’assume, une sorte de puritanisme post-débauche so old school et so avant-garde en même temps et sans…
Une jupe courte ou longue, peu importe, du moment qu’elle a un livre dans son sac
J’ai un côté puritain que j’assume, une sorte de puritanisme post-débauche so old school et so avant-garde en même temps et sans contradiction aucune, ancrée à l’Est mais libre. Par côté puritain, je veux dire que je trouve plus attrayantes les personnes plus habillées que les personnes moins habillées. Je serais donc susceptible de plus poser mon regard discret vers (sur) une personne en jupe longue que sur une autre en jupe courte.
J’ai probablement un truc pour le mystère, pour tout ce qui est mystérieux, caché, énigmatique. Plus c’est montré, moins je préfère, plus c’est dissimulé, plus ça me titille. Il y a aussi, cela va sans dire, un certain art de la dissimulation. Suggérer au lieu de montrer, ne pas montrer mais faire comprendre, faire ressentir, au plus profond de soi, par le jeu de l’imagination, faire appel à des images mentales donc, à des sensations internes, au lieu d’imposer une image externe. La même image pour tous et pour toutes. Je préfère quand chacun est libre de se faire sa propre idée, sa propre image, je préfère quand chacun est libre d’imaginer donc.
Dans les films, par exemple, j’ai toujours eu un faible pour la suggestion. Suggérer quelque chose au lieu de la montrer. Je trouve cela bien plus puissant et bien plus gratifiant que le fait de montrer la chose. Comme dans Bambi, le long-métrage d’animation de Disney. Il y a cette scène culte où la mère de Bambi meurt.
On ne la voit pas mourir.
On ne fait que l’entendre — le coup de feu, un coup de feu terrible.
On ne fait que la comprendre — Bambi tout fier d’abord d’avoir couru aussi vite et aussi bien, puis se rend compte que sa mère n’est pas là, n’est plus là, n’est plus.
On ne fait que l’imaginer — sa mère qui court, affolée, préoccupée par la survie de son enfant, sa mère étant le rempart entre l’homme (le tueur) et son enfant (tout ce qui compte à ses yeux à ce moment fatidique), puis cette balle qui la touche, qui la fauche, qui la tue.
Toute la puissance de la suggestion.
Mon côté puritain préfère la suggestion à la monstration. Même en matière de tableau, j’ai un faible pour le côté abstrait de la chose, dessiner ce qui est comme cela est ne me dit pas grand chose. Même chose pour les chansons, le côté direct ne me touche pas, je suis plus dans les textes imagés, poétiques dira-t-on. Même chose pour la littérature, décrire le plus précisément possible ce qui est palpable et visible sans plus ni moins, je respecte cela, j’en lis, mais je n’en suis pas friand.
Bien évidemment, c’est une question de goût aussi. Les goûts et les couleurs, dit-on, ça ne se discute pas, alors (et non toutefois) pour être plus cash, et pour continuer dans l’analogie avec les films, on peut dire que je suis plus pour les films érotiques et moins pour les films pornos.
L’érotisme suggère. La pornographie montre.
A Madagascar, sur les réseaux sociaux surtout, il y a ce tollé autour des jupes ou pour utiliser un terme plus dans l’air du temps: un buzz.
Cela m’a fait penser que ce serait intéressant de mesurer l’impact du puritanisme, dans le sens politico-religieux du terme, à Madagascar, par l’intermédiaire des Missions et tout ce qui s’en suit.
Le buzz en question concerne une publication de la page officielle du ministère de l’éducation de Madagascar. Une publication que l’on pourrait traduire ainsi:
Les tentations mauvaises des hommes brutaux seront calmées par les vêtements simples et bien comme il faut des filles. Ainsi, c’est le devoir des parents de corriger leurs enfants pour que ces derniers s’éloignent de ce genre d’accoutrements dénudés qui appelle à la provocation.
L’intention du CM du ministère en question pourrait être louable, sur le fond, comme quoi, le message à passer serait de faire attention à comment on s’habille car certains hommes sont (encore) sujet à leur instinct bestial. Mais la forme indique sans trop d’équivoque une part de responsabilité conséquente de la fille en question sur son éventuel viol. Et par la même occasion — et pour être cru — de toutes les filles harcelées, abusées et violées du monde qui n’ont eu que ce qu’elles méritaient, qui l’ont bien cherché car elles se seraient habillées comme ceci, se seraient comportées comme cela.
Ce qui me rappelle l’abbé de la Morandais, sur la pédophilie au sein de l’Eglise Catholique, qui disait, et je cite:
Ce sont les enfants qui cherchent la tendresse d’un homme ou d’une femme. Et souvent ce sont des gamins en frustration de tendresse. On a toujours l’impression qu’un viol, c’est de la violence. Au départ, je ne crois pas.
Pour l’abbé, ce serait donc la faute aux enfants s’ils se font abusés par les prêtres. On pourrait même dire qu’ils l’avaient bien cherché. Et qu’ils ont aimé ça. Et qu’ils vont en redemander.
Avec ce genre de propos, on se demande à quel point l’Eglise est légitime pour statuer sur ce qui est bien pour la famille et sur ce que doit être et ne pas être la famille.
Bien évidemment, l’abbé de la Morandais ne parle pas au nom de toute l’Eglise. Fort heureusement. La preuve, l’archevêque de Paris a tout de suite et fermement condamné l’abbé:
Je répète. L’intention du CM du ministère en question pourrait être louable, mais il y a l’art et la manière comme on dit.
Entre l’intention et l’action, il y a tout un travail de réflexion à faire.
Et Il serait juste et utile de préciser que la publication en question a été retirée de la page du ministère après quelques temps seulement. Ce qui montre quand même que quelque part, on s’est rendu compte de la bourde, une certaine réactivité a pris forme, et on a voulu rectifier le tir. Et il serait juste et utile de le préciser. De ne pas oublier de mentionner cela.
Quelques jours après, un communiqué de presse dudit ministère est même rendu public à cet effet, avec excuses et dispositions à prendre:
Minisiteran’ny Fanabeazam-pirenena, ny Fampianarana ara-Teknika sy arak’Asa
Communiqué de presse du MENETP ce 13/04/2019www.facebook.com
Un certain débat fait rage depuis. Sur les murs de Facebook, dans les chaumières, dans les bars, dans les cours de récré, au sortir des églises. On a d’une part, ceux qui s’insurgent contre les jupes courtes, et d’autre part, ceux qui revendiquent leur droit à mettre des jupes courtes. Les débats et les arguments sont les mêmes un peu partout dans le monde, on peut tous se faire aisément une idée sur la question. Se faire une idée mais aussi une position. Et derrière tout cela, il y a ce que l’on appelle “rape culture” ou la “culture du viol” expliquée par Buzzfeed en ces termes:
L’expression «rape culture», ou «culture du viol», désigne une société ou culture dans laquelle la violence sexuelle est considérée comme la norme — une société où l’on ne dit pas aux gens de ne pas violer, mais plutôt de ne pas être violés.
Pour faire court, la “culture du viol” conduit, entre autres, à blâmer les victimes et à rire des blagues sur les viols. Cela semble anodin, mais les conséquences sont sournoises et désastreuses.
Pensez-y et parlez-en!
Blâmer les victimes. Faire des blagues sur les viols et en rire.
Pensez-y et parlez-en!
Au milieu de ce tollé sur la toile donc, moi qui apprécie plus les jupes longues aux jupes courtes, il fallait donc que je fasse quelque chose, que j’écrive quelque chose. J’avais voulu faire un statut Facebook, court, concis et tout ça, mais je me suis vite rendu compte que pour parler de quelque chose de courte — la jupe — il ne fallait surtout pas être à court d’idées. Sinon, au mieux, on se répète.
(J’avais écrit à la base que pour parler de quelque chose de courte — la jupe — il fallait quelque chose de long — cet article. Mais je me suis retiré, pour x raisons, et je ne vais pas m’allonger dessus ni coucher ça sur papier d’ailleurs.)
Pour revenir à: mesurer l’impact du puritanisme, dans le sens politico-religieux du terme, à Madagascar, par l’intermédiaire des Missions et tout ce qui s’en suit, on va dire que la mise à jour morale est effectuée à partir du premier quart du XIXe siècle dans la capitale sous l’impulsion des missionnaires, exécutée par la cour royale sur ses sujets d’alors et perpétuée depuis (ou pervertie, c’est selon). En ce temps-là, fut coupés les cheveux des hommes (car oui, avant, les hommes avaient les cheveux longs), en ce temps-là fut cachés et honnis les tatouages (car oui, avant, nous, habitants de cette grande et merveilleuse île, étions tatoués), en ce temps-là, fut moqués les boucles d’oreilles et autres bijoux comme les bracelets, en ce temps-là, fut bannis les mœurs non-conformes à la nouvelle religion d’Etat, à la nouvelle morale d’Etat.
Pour se faire une petite idée de la chose, et pour rester dans le long-métrage d’animation Disney, on pourrait avancer que les hommes de Madagascar d’avant ce changement de mode étaient à peu près comme ceci:

On peut maintenant se dire et dire au monde entier que nos ancêtres ressemblaient au gars dans ce dessin animé-là. Madagascar de DreamWorks?Non. Dans Vaiana. Avoir une référence, c’est classe quand même.
Ceci étant dit, je disais donc que j’avais un côté puritain que j’assume, une sorte de puritanisme post-débauche so old school et so avant-garde en même temps et sans contradiction aucune, ancrée à l’Est mais libre. Post-débauche, car je ressens qu’on est rentré il y a quelques temps dans une sorte d’ère de la débauche. On débauche des mœurs d’ailleurs, que l’on voit à la télé, dans le smartphone, puis à l’école, dans les fêtes, dans les rues, dans les lieux de culte, à la maison, un peu partout (ou presque). On embrasse aussi la débauche, on l’embrasse à pleine bouche cette débauche qui, ici, veut dire, selon CNRTL:
Usage excessif ou déréglé de tous les plaisirs des sens, notamment de ceux de l’amour et de ceux de la table.
Ce qui me rappelle un bref échange fort intéressant que j’ai eu sur Twitter.
— Je ne comprendrais jamais les gens qui envoient leur musique dans les bus, surtout si la radio est déjà en marche.
— L’individualisme qui impose sa volonté sur le collectivisme dans toute sa splendeur. Sans trop le savoir ni le comprendre en passant.
Le côté excessif et déréglé, le tollé sur la jupe courte, le plaisir de la chair, la bonne chère, l’individualisme, le collectivisme, la Liberté…
Tellement de choses à dire, à redire, à décrire, à transgresser, à mettre en ordre.
Évoluer sans savoir ses origines (et le ressentir) a toujours été pour le moins problématique — doux euphémisme. Pour preuve, cette société malgache (ou Malagasy pour faire du politiquement correct). Une société profondément divisée donc, sans repère, informe (et non difforme), qui oublie, qui renie, qui embrasse, qui rejette, qui se cherche, qui se cherche, qui se cherche sans trop se trouver.
Faut savoir aussi que sur l’Avenue de l’Indépendance, au cœur de la capitale, au cœur de Madagascar, des librairies ont fermé pour laisser place à une pizzeria, à un magasin électro-ménager. Tout un symbole. Loin de moi l’idée de jeter l’opprobre sur les délicieuses pizza et l’utilité des réfrigérateurs et consorts.
Dans ce pays, on a juste oublié de nourrir l’esprit. Et l’on sait tous qu’une mentalité mauvaise est la conséquence d’une éducation mauvaise. La mentalité n’est pas innée. La mentalité est acquise. Et ce qui est acquis peut être changé.
Réformer l’éducation donc serait bien pratique, de fond en comble, dans le bon sens du terme. Depuis le temps qu’on en parle, depuis le temps qu’on ne le fait pas.
Éduquer les enfants. Les jeunes filles, les jeunes garçons, mais aussi les adultes. Les rééduquer. Mais aussi les prêtres. Ils en ont besoin. Peut-être pas tous, mais ils en ont besoin. Quelque chose cloche au sein de l’Eglise, au sein de cette société-ci. Trop d’enfants et trop de bonnes sœurs en savent quelque chose. Éduquer ces pasteurs bling bling et star system à l’américaine (ici c’est pas les US, avec tout ce que cela implique), des pasteurs qui gagneraient à prendre de la graine de leurs confrères catholiques pour leur humilité et leur dévotion et de leurs aînés pasteurs du XXe siècle pour leur érudition et leur sagesse. Éduquer les enfants, éduquer les prêtres, éduquer les pasteurs, éduquer les adultes, éduquer tout le monde, s’éduquer soi-même. Les médias tiennent un rôle dans tout ça, se cacher derrière le prétexte de la rentabilité et du profit ne tiendra plus bien longtemps.
Et lire. On dit que lire, entre autres vertus, permet de maintenir notre cerveau en bonne santé. De là à dire que les cerveaux ne sont pas spécialement en bonne santé à Madagascar car on ne lit pas, car les librairies ferment, les bibliothèques décrépissent, car les maisons d’édition mettent la clé sous la porte, l’une après l’autre, car personne ne soutient comme il faut tout ça comme cela se passe partout ailleurs, ni l’Etat ni la bourgeoisie ni les bolchéviks, ni les… Enfin bref, personne ne soutient comme il faut tout ça comme cela se passe partout ailleurs, de là à dire cela donc, il n’y a qu’un pas. Personne sauf les prêtres et les bonnes sœurs quand on y pense. Ils font un boulot remarquable dans le monde de l’édition.
Et ne me dites pas que les Malgaches (ou Malagasy) sont bien éduqués. Surtout par rapport aux non-Malgaches (ou non-Malagasy). Il n’y a qu’à regarder dans la rue, dans les écoles, dans les églises, dans les foyers, dans les karaokés, sur Facebook…
Ne me dites pas ça et surtout ne vous dites plus cela. On est mal éduqué, et cela depuis un bon bout de temps déjà. A cause de l’éducation, mauvaise, à cause de la culture, qui n’existe pratiquement pas comme il faut, à cause des médias, qui n’assument pas comme il le faudrait leurs rôles, à cause des chefs d’églises qui devraient servir de modèle (et qui ne le sont pas), à cause des politiques (que dire de plus), et cetera et cetera.
La faillite de tout un système pour faire court.
Et il est plus que temps de remédier à cela.
Alors:
Une jupe courte ou longue, peu importe, chacun est libre, à chacun ses goûts.
Une jupe courte ou longue, peu importe, du moment qu’elle a un livre dans son sac, des livres dans sa tête, qu’elle éduque son fils, qu’elle met un livre dans ses mains, des livres dans son esprit, qu’elle éduque sa fille, qu’elle met un livre dans son sac, des livres dans son quotidien. Quand on connait l’autre, on respecte mieux l’autre, quand on se connait mieux, on se respecte plus, et la connaissance, on le sait, se trouve surtout dans les livres. Sans les livres, eh bien, on a ce qu’on a, et quand on sait que:
La meilleure façon de cacher quelque chose à un Africain, c’est de le mettre dans un livre.
C’est pas bien difficile de se rendre compte de ce qu’il nous reste à faire. (Oui, lire)
Une jupe courte ou longue, peu importe, du moment que la mentalité progresse, dans le bon sens du terme. Dans le bon sens du terme car une certaine forme archaïque du puritanisme est nuisance, comme le dit si bien Anaïs Nin, l’écrivaine:
La tâche importante de la littérature est de libérer l’homme, non de le censurer, et c’est pourquoi le puritanisme était la force la plus destructrice et la plus perverse qui ait jamais opprimé les peuples et leur littérature: il a créé l’hypocrisie, la perversion, les peurs

J’ai un côté puritain que j’assume, une sorte de puritanisme post-débauche so old school et so avant-garde en même temps et sans contradiction aucune, ancrée à l’Est mais libre.
Pas ce genre de puritanisme décrit par Anaïs Nin, bien évidemment.
Au contraire.
Le genre de puritanisme dans le sens prude du terme, libre, flegmatique, introverti. Le genre de puritanisme que l’on verrait dans certaines photos plus ou moins anciennes et en noir et blanc sur Madagascar. Mais avec un drone qui flotterait un peu au-dessous des nuages.
Le genre de puritanisme où la femme porte son lamba. L’homme aussi d’ailleurs. Et où ce que l’on fait dans le noir ne regarde personne d’autres. Tant que cela est consenti. Entre adultes consentants, comme on dit.
Le genre de puritanisme qui soutiendrait l’avènement d’une littérature érotique malgache et verrait d’un œil plus qu’inquiet la prolifération de la pornographie dans les smartphones en guise de comment fait-on sexuel à défaut d’éducation sexuelle digne de ce nom. Car si éducation sexuelle il y a, si ça marchait, on le saurait, on le verrait.
C’est ça le puritanisme post-débauche so old school et so avant-garde. Ancré dans ce que nous sommes, dans ce que nous étions, tourné vers ce que nous serions, vivant le présent, appréciant chaque instant, ne reniant pas nos désirs, être en accord avec, et pouvoir en être fier sans pour autant avoir besoin de l’exhiber de façon ostentatoire.
Du puritanisme archaïque dénoncé par Anaïs Nin au puritanisme post-débauche avancé ici, donc.
Car oui, le monde n’est pas noir ou blanc, on n’a pas à choisir entre la débauche et la sainte-nitouchisme.
On peut choisir d’être soi. Juste soi.
Et pour finir, voici une photo de moi, portant une jupe:

Enfin, c’est un lamba, un lambahoany, une sorte de sarong, n’empêche, techniquement, c’est aussi une jupe, comme le kilt écossais, comme la Sainte Tunique de Jésus.
Parfois, je la porte longue, parfois je la porte courte (quand il fait plus chaud).
Cela me permet de renouer avec une certaine tradition mais aussi de comprendre (et de ressentir) le pourquoi des jupes, longues ou courtes…