La pollution rend con, on le sait, mais la pollution rend aussi fou, on le sait moins
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Nous sommes en l’an 2000, et Antananarivo est la deuxième capitale la plus polluée du monde.
Nous sommes en l’an 2000, et Antananarivo est la deuxième capitale la plus polluée du monde.

C’est horrible.
L’an 2000, c’est l’espoir, c’est le futur, c’est cette année qui est censée appartenir aux jeunes, c’est cette année où Madagascar était censée être la troisième puissance mondiale depuis le tiers-monde où elle se trouvait, en tout cas, c’était la promesse d’un slogan des années 80 malgaches.
Nous étions en l’an 2000, et soudainement, sans crier gare, nous sommes en 2020.
Ou presque.
Et affirmer que depuis, la situation à Antananarivo s’est améliorée, ne serait-ce qu’un tout petit peu, et ne serait-ce que le supposer, ne serait-ce que l’espérer, affirmer cela, ce n’est tout simplement pas envisageable, c’est de la mauvaise foi, de la pure folie.
La situation s’est empirée.
Et drastiquement.
Année après année, dirigeant après dirigeant, promesses après promesses, désillusions après désillusions.
La situation s’est empirée.
Et à une vitesse folle.
Et là, je parle juste de pollution, mais cette constatation accablante et cataclysmique pourrait s’appliquer à tout.
(Oui, à tout tout tout et tout)
Car à Madagascar, ça ne décolle pas, non non non, à Madagascar, ça ne décolle pas, à Madagascar, ça rigole. Enfin, on rigole de Madagascar plutôt, on est la risée du monde entier, un peu comme l’idiot du village planétaire qui a tout pour lui mais qui fait prout-prout.
Pour le peuple du hena-maso que nous sommes, être la risée du monde entier, c’est pire que de ne pas décoller. Le hena-maso, littéralement, c’est la honte des yeux, la peur des qu’en dira-t-on.
Mais à Madagascar, on ne le sait pas.
Qu’on est la risée du monde entier, on ne le sait pas.
Qu’on est pauvre, on sait, qu’on est dans une situation désastreuse, on sait, mais qu’on est la risée du monde entier, ça on ne le sait pas, du moins on n’en a pas conscience, en tout cas, pas comme il le faudrait, sinon, on ferait quelque chose. Théoriquement…
Mais supposons, supposons un instant qu’on le sache, supposons qu’on sache qu’on est la risée du monde entier, alors, pourquoi on ne réagit pas?
Eh bien:
Peut-être est-ce parce que certains d’entre nous parlent bien français, on parle bien français et on penserait qu’on est différent, qu’on est comme eux, comme ces gens dans les pays développés, qu’on n’est surtout pas comme ces gens, croisés dans les rues, dans certains quartiers, qui élisent certaines personnes, qui écoutent certaines musiques, qui auraient une autre couleur de peau, qui auraient un certain type de cheveux, qui viendraient d’un tel endroit.
Une autre couleur de peau comme foncée, noire ou bien claire, blanche, ou jaune. Un certain type de cheveux comme frisés ou bien lisses.
(Noir/blanc, frisés/lisses, car, bien sûr, il n’y a pas qu’une forme de racisme.)
Non non non, nous, on n’est pas comme eux, on est mieux, on n’a rien à voir, on est différent. Et y a même des Vazahas qui disent ça de nous. Qu’on est différents, qu’on est pas comme ces autres-là. S’ils le disent, c’est que ça doit être vrai, ils ont bien amené Jésus parmi nous.
Et puisqu’on est pas comme eux, c’est leurs problèmes, pas le nôtre.
Ou bien, peut-être est-ce parce qu’on ne se connait pas nous-mêmes. Le reflet de nous qu’on voit à la télé, dans le regard des autres, dans le miroir, c’est un bien joli reflet, c’est NOUS, les vrais de vrais pas les autres. Et on s’aime tellement. (En tout cas, c’est ce qu’on croit.) Mais on méprise l’autre. Tellement.
Je suis Malagasy, moi. Pas Malgache, comme toi!
Et moi, je suis Malgache, car c’est comme ça qu’on dit en français, on ne dit pas français en anglais, tu vois!
On méprise l’autre.
Tellement.
Gad Elmaleh, il disait quoi déjà?
L’autre c’est…?

Ou bien, peut-être est-ce parce qu’on est cons.
Tout simplement.
Peut-être…
Mais être con, c’est quoi?
Etre bête?
Stupide?
Inculte?
Imbécile?
Ignorant?
Un peu de tout ça?
Quoi qu’il en soit, personne n’est con de naissance, c’est surtout une conséquence de l’éducation, de la culture. D’une éducation mauvaise, d’une notion de la culture pas du tout comme il faut. Celui qui dit le contraire est sans aucun doute con. Tout simplement con ou bien un con doublé d’une personne de mauvaise foi et d’un raciste qui ne dit pas son nom. Le genre de racisme dit ordinaire qui sort le plus naturellement du monde lors d’un repas de famille le plus souvent, et que les grandes personnes transmettent aux générations futures, et ainsi de suite, jusqu’à que quelqu’un ne décide de briser ce cycle.
Mais voilà, la pollution rend con.
On le sait depuis pas mal de temps déjà. La pollution fait chuter le QI de la population. Et selon Xi Chen, membre de l’équipe de recherche de l’école de recherche sanitaire de Yale, aux États-Unis:
C’est énorme. Mais l’effet est pire encore quand il s’agit d’une personne âgée, surtout lorsqu’elle a plus de 64 ans, ou quand il s’agit d’une personne disposant déjà d’un faible bagage culturel.
La pollution rend donc con. Et elle rend encore plus cons les vieux et ceux qui disposent déjà d’un faible bagage culturel. On ne peut pas dire qu’on ait un fort bagage culturel à Madagascar.
Ou bien, peut-être est-ce parce qu’on est fou.
Oui, fou.
Damien Saez chantait:
Puisqu’on est jeune et con, puisqu’ils sont vieux et fous.

A Madagascar, on dit que c’est le monde à l’envers, enfin, on disait que c’était le monde à l’envers, je préfère le passé, l’imparfait. On dit que s’il était à Madagascar, Damien Saez, eh ben, il chanterait plutôt:
Puisqu’on est jeune et fou, puisqu’ils sont vieux et cons.
Ça a l’air tellement fou que ça pourrait être tellement vrai.
(Cette dernière formule est conne, je l’admets, mais quand on pense à la locution: “plus c’est gros, plus ça passe”, hum, ça le devient moins du coup.)

Et par dessus le marché, non seulement la pollution rend con mais il y a Aaron Ruben, un écrivain scientifique, qui dit:
I was there to learn about how scientists were beginning to link air pollution — from power plants, motor vehicles, forest fires, you name it — to one of the least understood and most frightening of illnesses: dementia.
La pollution cause la démence. En d’autres termes, la folie.
La pollution rend aussi fou.
La pollution provoque la démence, cause l’Alzheimer. La pollution nous fait perdre la tête. Comme l’amour, la Reine de Coeur ou la Révolution française.
(J’ai mis en italique amour car on confond si souvent amour et passion, amour et crush, choses qui s’en vont et qui reviennent—éventuellement. Contrairement à l’amour qui se travaille, au quotidien, comme la plante que l’on arrose, la flamme que l’on ravive, le corps et l’esprit que l’on nourrit. Mais ça, c’est une autre histoire, une autre histoire pour une prochaine fois, comme on dit, peut-être bien.)
Pour revenir à nos moutons, il est donc clairement établi que la pollution nous rend con et fou.

Antananarivo, en 2000, est la deuxième ville la plus polluée du monde.
Depuis 2000, ça ne s’est pas amélioré.
On est en 2020.
Ou presque.
20 ans se sont écoulés.
Ou presque.
Et ça ne s’est pas amélioré.
Au contraire.
C’est de pire en pire.
L’urbanisme étant absent du vocabulaire de certaines personnes in charge— les décideurs. Le bon sens aussi, de toute évidence.
Mais bon, pour finir, et pour ne pas dresser un tableau fataliste et histoire de faire l’antithèse au défaitisme ambiant, voici une petite note d’espoir.
Quand même.
Il y a cet adage que les cyniques et les pessimistes sortent à tout-va contre ceux et celles qui veulent faire bouger les choses, ceux et celles qui espèrent un lendemain meilleur:
L’espoir fait vivre les imbéciles.
Avec un petit rire sarcastique souvent, méchant même parfois. Arguant quelque chose qui inclurait une expression aussi bien passe-partout comme monde des bisounours, pour étayer leur cynisme, leur fatalisme, leur défaitisme, pour justifier leur… disons, leur inertie.
Souvent aussi, il faut le dire, ils répètent juste cet adage sans vraiment y penser. On ne peut pas tellement leur en vouloir. On est tous un peu perroquet (répéter des paroles) et un tantinet singe (répéter des gestes) dans cette société où le livre n’est pas à la place qu’il faut, où la Culture est laissée à l’abandon, où l’éducation citoyenne est partie voir ailleurs si j’y suis.
Voir ailleurs si j’y suis, un peu comme dans:
Toutefois, face à:
L’espoir fait vivre les imbéciles.
Il y a cet autre adage qui dit:
Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas.
D’où la petite note d’espoir.
Entre espérer et attendre le changement—passivement—et changer et faire le changement, être le changement—activement—donc.

Et c’est totalement différent.
Et ça fait tout la différence.
Et ça commence à bouger ces derniers temps.
Quand même.
Surtout du côté des jeunes.
Surtout du côté des jeunes femmes.
Mais pas que.
Et sinon, une note d’espoir c’est bien, mais l’espoir en action, c’est mieux.
Alors:
Pour éviter de devenir fou,
Voici les recommandations de l’OMS pour réduire les risques de démences:
- Pratiquer un exercice physique régulier: même une petite promenade d’un quart d’heure, il faut bien commencer quelque part.
- Ne pas fumer: oui, je sais, on dit que ce n’est pas facile, on sait que ce n’est pas facile, mais au fait, c’est bien plus facile que ça en a l’air, je le sais car ça fait plus de 2200 jours que j’ai arrêté de fumer (oui, je compte les jours, quand je suis un peu down, ça me remonte le moral, ça me fait un bien fou.)
- Eviter l’usage nocif d’alcool: le mot nocif est la clé, ça ne dit pas arrêter d’en boire, ça dit d’essayer de remplacer le fameux “boire avec modération” par “éviter l’usage nocif”, mine de rien, ça peut faire toute la différence, buvez à votre guise, mais éviter que ça vous détruise, ou que ça détruise les autres.
- Contrôler son poids: ça ne dit pas non plus, perdre du poids, ça dit contrôler son poids, nuance, tant que votre poids n’altère pas votre santé donc, don’t worry, mais gardez le contrôle.
- S’efforcer de conserver une bonne tension artérielle ainsi que des taux de cholestérol et de glycémie peu élevés: vous vérifiez bien les clés usb avant de les insérer dans votre ordinateur, faites de même pour votre corps.
Et pour éviter de devenir con,
Il suffit de:
- Lire des articles, des livres, des magazines, des revues: le cerveau, c’est comme notre corps, il faut l’entretenir par des excerices appropriés et réguliers.

Il faudrait aussi, bien entendu, penser à réduire la pollution.
Drastiquement.
***
Sources:
- Antananarivo Second Most Polluted City In The World https://allafrica.com/stories/200007180141.html
- The evidence is strong : air pollution seems to cause dementia https://www.wired.com/story/air-pollution-dementia/
- La pollution de l’air pourrait être responsable d’une réduction du QI https://www.france24.com/fr/20180829-pollution-lair-pourrait-etre-responsable-dune-reduction-qi
- Perturbateurs endocriniens: une menace pour notre QI https://lejournal.cnrs.fr/billets/perturbateurs-endocriniens-une-menace-pour-notre-qi
- Adopter un mode de vie sain aide à réduire le risque de démence https://www.who.int/fr/news-room/detail/14-05-2019-adopting-a-healthy-lifestyle-helps-reduce-the-risk-of-dementia