De 1800 à mes Résolutions 2019

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Mardi 31 décembre 1799, en Europe l’Ouest, face à la mer comme le chanteront 205 ans plus tard Calogero et Passi, Talleyrand, fraîchement…

Mardi 31 décembre 1799, en Europe de l’Ouest, face à la mer comme le chanteront 205 ans plus tard Calogero et Passi, Talleyrand, fraîchement nommé ministre des Relations extérieures de la France, affale son auguste personne sur son bien pensé distingué bureau et s’attèle à se rapprocher de la Russie, de l’Angleterre, de l’Autriche et de l’Eglise Catholique.

Charles Maurice de Talleyrand-Périgord de François Gérard, neuf années après 1799

Son exil en Amérique a pris fin il y a deux ans déjà, en 1797, et son idée de renoncer à cette même Amérique déjà acquise par les Anglais soutient-il ne fait que se renforcer. Il recommande ainsi fortement de partir à la conquête de nouvelles colonies et en particulier, comme il le souligne, dans:

Quelques établissements le long de la côte d’Afrique ou plutôt dans les îles qui l’avoisinent.

Au même moment, un peu plus au sud, sur une des îles qui avoisinent l’Afrique justement, Andrianampoinimerina, monarque du centre, se retire dans ses quartiers, au plus haut de sa modeste mais forte en signification demeure, et savoure sa troisième année à Antananarivo après une ardue conquête—il a été repoussé à deux reprises faisant mentir ceux qui n’avaient point foi en l’adage:

La troisième sera la bonne.
Intérieur de la demeure d’Andrianampoinimerina, l’échelle menant tout là-haut, propice pour sûr pour la réflexion

Le Grand Roi, comme l’appelait non sans respect plus d’un et “génie purement malgache, puissant et original” comme le disait si bien Hubert Deschamps, referme aussi derrière lui sa cinquième année après la fin des sept années de paix promises et appliquées après son accession au statut de monarque.

Son jeune fils, tout fasciné qu’il est par les dessins étranges sur la peau et la longue et tressée chevelure de son roi de père, va entrer dans sa septième année sur Terre et ne se doute pas une seule seconde qu’il deviendra un roi reconnu des grandes puissances comme étant le roi de Madagascar, du nom de Radama Ier, dans une dizaine d’années à peine. Un roi souvent comparé à Pierre Ier le Grand de Russie initiant dans le royaume de Madagascar une sorte d’ère Meiji avant l’heure coupée dans son élan par une sorte de trumpisme.

13 ans auparavant, en 1786, meurt abattu Beniowski, compte hongrois, colonel français, soldat polonais mais aussi roi de Madagascar selon certains, dont lui-même qui en rêvait sûrement, et pas seulement le soir en contemplant les étoiles mais aussi la journée, en oubliant peut-être Icare. Un rêve qu’il n’était pas le seul à partager en passant.

En effet, Raombana—premier écrivain, intellectuel, historien moderne malgache qui va naître dans 10 ans, en 1809, accessoirement au côté de Jean-Joseph Rabearivelo une grande inspiration pour l’écrivain que je suis — en rêve et soupire en ces termes:

Beniowski, c’était un gentilhomme très humain, adoré par le peuple. Son humanité, son affection pour les populations voisines de son établissement, lui avaient valu un tel attachement de leur part que, au moment où la France l’abandonna, elles se rangèrent du côté de Beniowski, le proclamant roi. La France en éprouva de la jalousie. On réussit à l’abattre bien malheureusement, car si Beniowski avait survécu, il eût, selon toute probabilité, conquis Madagascar tout entier à son autorité : il était homme d’énergie et de courage ! II eût réalisé l’unité de Madagascar, sous un roi unique et puissant ; il eût ainsi rendu le peuple heureux sous un gouvernement sage et doux. C’est pourquoi la mort de Beniowski peut-être considérée, pour Madagascar, comme un désastre national…
Maurice Auguste Aladar de Beniowski, Benyovszky Móric ou Móric Beňovský ou Maurice Beniowski

Raombana écrira en anglais, s’occidentalisa à fond et le savait, mais a su garder l’essentiel de son âme malgache.

Ce sera Simon Ayache de l’académie malgache qui va, avec grâce, traduire les écrits de Raombana en français.

Deux siècles et des poussières plus tard, Jean-Christope Ruffin—médecin, diplomate, fondateur d’ONG et romancier— écrira un roman sur Beniowski.

Jean-Christophe Ruffin, avec une mise en scène de © Vincent Capman

Et dira dans Paris Match:

Il a été très connu en France aux XVIIIe et XIXe siècles à cause de ses Mémoires, et puis, à partir de la colonisation, les Français ont voulu l’oublier. Cet antiesclavagiste était devenu un personnage encombrant, car on l’avait assassiné. On l’a diffamé et accablé de tous les vices pour justifier la colonisation et notre conquête sanglante de Madagascar.
Ce qui me frappe, c’est que des personnages comme Beniowski étaient des gens beaucoup plus ouverts d’esprit dans leurs rencontres avec l’étranger qu’on ne le sera au XIXe siècle, qui a introduit une sorte de régression intellectuelle, avec le positivisme, la façon de hiérarchiser les races. Le XVIIIe était beaucoup plus universaliste. Beniowski dessine une autre histoire qui aurait pu se passer, d’autres relations avec les pays d’Afrique.
Quand il est allé aux Etats-Unis, c’est à George Washington qu’il a parlé de Madagascar en posant la question centrale de l’avenir de cette révolution américaine: est-ce qu’elle doit rester dans un seul pays ou s’appliquer au monde entier? La même question s’est posée plus tard pour Lénine et Trotski! Les Américains, à leurs débuts, ont eu ce choix. Mais, plutôt que d’apporter la liberté au monde, ils ont préféré au XIXe siècle établir la doctrine impérialiste de Monroe. Alors que le but de Beniowski n’était pas, comme aujourd’hui, d’exporter la démocratie par les armes. Il avait une vision beaucoup plus fraternelle.

Et dira aussi dans L’Express de Madagascar:

C’est un personnage caractéristique de l’époque des Lumières. Il a été envoyé à Madagascar par les Français. Puis il s’est retourné contre les Français qui l’ont ensuite tué. Rien à voir avec Gallieni. Son histoire est beaucoup plus intéressante, plus riche.
C’est tout l’objet, au fond, de ce réexamen de l’Histoire. De voir s’il y aurait eu une possibilité d’éviter ces souffrances. La conquête de Madagascar a coûté énormément en vies humaines. C’est une Histoire extrêmement violente, extrêmement dure. Ce passé a, d’ailleurs, été souvent justifié pour des raisons morales comme celle d’apporter la civilisation, par exemple. J’ai voulu démontrer que, même à l’époque de Beniowski, il y avait d’autres solutions.
En quittant Madagascar, il est aussi allé aux États-Unis où il a rencontré Benjamin Franklin et George Washington. En retournant dans la Grande île, dans un bateau américain, à bord duquel, d’ailleurs, il sera tué, il est revenu avec l’idée de porter la révolution américaine à Madagascar.

Benjamin Franklin, George Washington, je me demande si on les connaissait à Madagascar à l’époque, et si oui à quel point, comment, avec quelle grille de lecture, car au Japon, ils avaient ça:

George Washington à gauche, sa femme au milieu, et Benjamin Franklin à droite, d’un livre japonais sorti en 1861, de l’auteur Kanagaki Robun et de l’artiste Utagawa Yoshitora

M’enfin, deux siècles et des poussières plus tard donc.

On est le lundi 31 décembre 2018.

219 années sont passées depuis ce jour-là.

Les années 1800 étaient celles des rois et des reines de Madagascar, de l’écriture latine, des livres, de l’éducation pour toutes et pour tous, de l’ouverture sur l’Occident, de massacres guerrières dispensables, de la pénétration d’une nouvelle religion dans le royaume, dans les maisons et dans les coeurs, d’une réaction allergique à tout ça résultant à des massacres civiles, d’un retour en force de la nouvelle religion et ce jusqu’au coeur du royaume, des avancées graduelles de la conquête française et de sa victoire au crépuscule de ce siècle ainsi que le déclin de la monarchie.

Les années 1900 étaient, pour sa première moitié et un peu plus, celles de l’administration française de Madagascar, des soldats malgaches envoyés au front durant les deux Guerres, de la montée de la soif de Liberté se traduisant en des sociétés plus ou moins secrètes, en des partis politiques dont un en particulier gagnant haut la main des élections démocratiques pour se retrouver tout de suite après classé criminel pour raison d’Etat ou manque cruel de fair-play c’est selon puis réprimé dans le sang, abattu et massacré horriblement à terre, cet élan de démocratie lui aussi abattu, tout ça en un certain mars 1947, le mois même où la Guerre Froide qui va diviser le monde en deux pointe le bout de son nez avec la doctrine Truman.

Parenthèse fair-play:

Capture d’écran du site CNRTL

Parenthèse raison d’Etat:

Capture d’écran du site Wikipédia

Pour sa seconde moitié, les années 1900 étaient celles des républiques, du moins de nom, des élections démocratiques et libres, du moins dit-on, et de la chute progressive de Madagascar dans bien des sens du terme. Dans bien des sens du terme car, hélas, quand la Corée du Sud et Madagascar étaient pratiquement au même niveau de développement au début des années 60, force est de constater que même pas une trentaine d’années plus tard, dans les années 90, eh bien…

Jennifer Lawrence, actrice née en 1990, une trentaine d’années plus tard

De là, on pourrait sans doute penser que les années 2000 seraient plus clémentes, que cette chute prendrait fin. Sûrement. Inévitablement. Pour l’amour du ciel. On serait tenté de le croire, de le vouloir, mais au fait, pour le dire en trois lettres, en une syllabe et en un palindrome joli à voir et pas évident à écouter (le palindrome) ni forcément plaisant à entendre (le son), eh bien:

un non trouvé quelque part dans les méandres du grand et omniscient Google

Je disais donc.

On est le lundi 31 décembre 2018.

Pour 2019, mes Résolutions sont:

L’origine des memes est mystérieuse

Pour 2019, mes Résolutions seraient:

© Philipe Geluck

Pour 2019, mes Résolutions devraient:

Archimède, antique et génial savant comme on dit, illustré dans son bain qui pourrait bien être le même bain où il s’est un jour écrié: EUREKA!

Mais oui bien sûr, non pas sont ni seraient mais devraient.

Le verbe est bien posé.

Le verbe est mieux posé.

Le verbe est sublimement posé.

Pour 2019, mes Résolutions devraient:

Faire sourire Dieu avec mes projets pour paraphraser Woody Allen
Faire voyager sans bouger ceux et celles qui me lisent pour reprendre Jamiroquai
Faire du bien dans le sens noble du terme pour traduire John Coltrane

Voilà.

Post Scriptum:

Pour en revenir à Talleyrand, et pour une petite pensée aux non-dits et à l’atermoiement à la malgache:

Si cela va sans dire, cela ira mieux en les disant.

Et pour en revenir à son contemporain malgache Andrianampoinimerina, placide, qui prévient:

Voir mon pays divisé en deux ne me plairait point.

Sur ce, je vous souhaite, à vous qui me lisez, à toi qui me lit, de nobles, justes et vertueuses Résolutions mais pas que.